Retour sur une interdiction

 

Le journal en ligne Atlantico titre un article du 18/3/2016

« Bougies parfumées, huiles essentielles, bâtons d’encens… ces désodorisants vendus comme ‘naturels’ et pourtant responsables de milliers de morts en Europe »

et dans l’espace du haut de la page réservé à la publicité, une annonce pour … des bougies parfumées.

Doit-on attaquer le journal pour incitation à l’usage de produits mortels ? Le pompier serait ici un peu pyromane si ses propos étaient sérieux – mais rassurez-vous ils ne le sont pas car on apprend quelques lignes plus loin :

« Concernant le chiffre avancé des 99 000 décès par an en Europe, il faut avoir conscience que beaucoup de ces décès ne sont pas dus uniquement à la pollution intérieure, qui constitue plutôt dans la plupart des cas un facteur aggravant de maladies déjà installées. »

Nous voilà soulagés. Les bougies parfumées ne tuent que les malades.

Je me suis posé la question un peu plus sérieusement qu’Atlantico qui s’est contenté d’interroger un médecin en recherche de notoriété.

J’ai trouvé un rapport  de l’INERIS (L’Institut National de l’EnviRonnement Industriel et des RisqueS) RAPPORT 11/04/2011 N° INERIS-D qui dit ceci :

Dans la catégorie des désodorisants d’intérieur, la classification des produits selon leur forme, basée sur les indicateurs de risque est la suivante : bougies parfumées < spray < diffuseurs électriques < diffuseurs lents < encens

Les bougies parfumées seraient-elles peu dangereuses ? voire pas du tout ?

J’ai parcouru une thèse de chimie récente sur le sujet, celle d’Audrey Manoukian, soutenue en 2012 à l’Université Aix-Marseille. Je cite :

Parmi les nombreuses sources potentielles de pollution de l’air intérieur, les bougies parfumées, encens et autres produits d’ambiance ont été récemment mis en cause par des organisations européennes (Öko-test, Greenpeace) relayées par des articles de la revue « Que choisir ? ». Ces articles évoquaient les émissions de gaz toxiques lors de la combustion des parfums d’ambiance, contribuant ainsi à la dégradation de la qualité de l’air intérieur. Il est cependant apparu que les méthodes de mesures et d’analyses utilisées par les organismes cités ci-dessus pour quantifier les émissions conduisaient à l’obtention de résultats très divergents et difficilement comparables du fait de conditions expérimentales, de protocoles de prélèvements et/ou d’analyses très variés.

En clair, des articles bidons, non scientifiques, rédigés dans les journaux, propagent des rumeurs infondées.

Puis ailleurs :

Enfin, d’après les résultats de cette étude corrélés avec les scénarios d’exposition décrits par Maupetit et al. (2009), l’utilisation quotidienne d’encens ou de bougies ne semble pas être associée à un risque sanitaire. Ainsi, même si les niveaux d’exposition peuvent augmenter avec l’utilisation des encens et des bougies, l’impact sur la qualité de l’air intérieur demeure faible dans la mesure où il existe d’autres sources prépondérantes à l’émission de COV et de particules.

Il semble qu’on soit quand même loin des milliers de morts cités par Atlantico.

Et pourtant, sur son site Europe 1 écrivait le 24 octobre 2013 : « Le gouvernement brûle d’interdire les bougies parfumées »

Quels produits vont être interdits ? La liste noire n’est pas prête assure-t-on du côté des ministères concernés. Les études sont toujours en cours pour décider quels sont les plus émissifs en polluants, et des arrêtés d’interdiction sont à attendre dans les prochains mois, précise-t-on au ministère de l’Écologie. Chaque produit a une composition totalement différente, les généralisations ne sont pas possibles. Dans une étude comparative en 2008, le magazine Que Choisir avait épinglé les deux encens qu’il avait examinés. En revanche, sur les cinq bougies étudiées, trois obtenaient le score maximum de trois étoiles, car elles n’émettaient aucun composé organique volatil (COV).

Là aussi le titre est contradictoire avec la suite de l’article. Pourquoi  interdire les bougies alors que Que choisir leur attribue un très bon score ?

Des milliers d’articles ont été rédigés fin 2013 au sujet de  l’interdiction imminente des bougies parfumées. Qu’en est-il aujourd’hui de cette interdiction ? Rien ! Rien parce qu’on ne voit pas pourquoi il faudrait les interdire.

En clair, sauf si vous brûlez des bougies en permanence dans une pièce qui n’est jamais ouverte, vous ne risquez pas de diminuer votre espérance de vie à cause des bougies. Par contre il est difficile d’échapper à la pollution de bêtise d’une presse en recherche de sensationnel !

Laisser un commentaire